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Barrage du Mont-Cenis : réserve et centrales des Alpes

Sources : CFBR, EDF, Enel, Office de tourisme de Haute-Maurienne Vanoise, Jeumont Electric

Sommaire

Sujets abordés

Vue d’illustration d’un aménagement hydraulique générique — mont cenis
Vue d’illustration d’un aménagement hydraulique générique — mont cenis
Vue d’illustration : aménagement et paysage génériques. Cette scène ne constitue pas une photographie documentaire du site réel.
L’essentiel

Le barrage du Mont-Cenis retient 320 millions de mètres cubes d’eau sur un plateau de Savoie, à proximité de la frontière italienne. Il ne faut pas chercher toute sa fonction électrique au pied du mur : la retenue alimente des centrales distinctes, notamment Villarodin côté français et Venaus côté italien. Le stockage en altitude, les captages et les galeries sont aussi importants que le barrage lui-même. Cet aménagement offre ainsi un bon exemple de la différence entre hauteur d’un ouvrage, dénivelé exploité par une centrale et puissance d’un ensemble hydroélectrique. Présentation EDF de la Haute-Maurienne.

Barrage du Mont-Cenis : Villarodin et Venaus, deux périmètres

Le circuit français du barrage du Mont-Cenis conduit l’eau vers la centrale de Villarodin. EDF décrit une galerie de 17,8 km prolongée par une conduite forcée de 3,6 km entièrement souterraine, avec un dénivelé de 880 m pour le trajet du Mont-Cenis. Une conduite forcée maintient l’eau sous pression jusqu’aux machines. Cette hauteur hydraulique résulte de l’étagement entre la réserve et la centrale ; elle ne correspond pas aux 120 m de hauteur sur fondation du barrage. Le schéma suit ce chemin long, plutôt que de placer une usine de 357 MW directement dans le mur. EDF — aménagement de Haute-Maurienne CFBR — Mont-Cenis, monographie 2022 ODRÉ — registre au 31 août 2026, données au 31 août 2026.

Villarodin reçoit aussi les eaux de Plan d’Aval par une seconde conduite, à laquelle EDF associe un dénivelé de 855 m. Ces deux conduites forcées alimentent une centrale possédant deux groupes de production à turbines Pelton. Dans une turbine Pelton, un jet d’eau frappe les augets de la roue : le site utilise ainsi une forte différence de niveau pour entraîner les alternateurs. Le diagramme réunit fonctionnellement les deux arrivées vers la centrale ; il ne répartit pas les débits entre groupes et ne suppose pas que chaque machine ne recevrait l’eau que d’un seul réservoir. EDF — aménagement de Haute-Maurienne.

Lire les branches du circuit

La branche italienne alimente une autre installation : la centrale de Venaus, dans la vallée de Suse. Enel indique qu’elle est construite en caverne et utilise l’eau du lac du Mont-Cenis situé en France. Sa puissance hydraulique annoncée est de 260 MW. La même page mentionne un équipement photovoltaïque flottant de 2 MW sur son bassin de restitution ; ces mégawatts solaires ne font pas partie des 260 MW hydrauliques. Le schéma conserve donc une sortie française et une sortie italienne clairement nommées, avec leurs réseaux distincts. Enel Green Power — centrale de Venaus.

La convention franco-italienne du réservoir porte aussi sur la capacité utile : la monographie du CFBR indique 84 % pour la France et 16 % pour l’Italie. Cette répartition d’eau n’est pas une clé permettant de déduire la puissance de chaque centrale. La réserve totale à retenue normale est de 320 hm³ à la cote 1974 mNGF ; son volume appartient au lac commun. Il ne faut pas le compter une première fois pour Villarodin et une seconde fois pour Venaus, ni tirer une énergie électrique de ce seul stock géométrique. CFBR — Mont-Cenis, monographie 2022.

Pour la comparaison ci-dessous sur une heure, côté français, la référence choisie est 357 MW pour Villarodin, puissance active maximale installée enregistrée au 31 août 2026. La ligne exacte porte le code d’installation VLAROH et déclare deux groupes. Elle reste distincte des 560 MW qu’EDF attribue à l’ensemble Haute-Maurienne, comprenant d’autres centrales, et des 260 MW hydrauliques de Venaus. Ces trois périmètres ne sont pas additionnés. Le document ne permet pas non plus de garantir que Villarodin pourra maintenir cette puissance pendant une heure quelconque sans hypothèse sur l’eau disponible et l’état des machines. ODRÉ — registre au 31 août 2026, données au 31 août 2026 EDF — aménagement de Haute-Maurienne Enel Green Power — centrale de Venaus.

Repères techniques et périmètres
Caractéristique Valeur Périmètre et source
Retenue à niveau normal 320 hm³ Lac commun à RN 1974 mNGF CFBR — Mont-Cenis, monographie 2022
Galerie vers Villarodin 17,8 km Trajet français alimentant la conduite du Mont-Cenis EDF — aménagement de Haute-Maurienne
Conduite du Mont-Cenis vers Villarodin 3,6 km Conduite souterraine ; dénivelé annoncé 880 m EDF — aménagement de Haute-Maurienne
Deuxième alimentation Plan d’Aval Conduite distincte ; dénivelé annoncé 855 m EDF — aménagement de Haute-Maurienne
Groupes de Villarodin 2 groupes Pelton Centrale française, sans attribution de groupe par réservoir EDF — aménagement de Haute-Maurienne
Puissance enregistrée Villarodin 357 MW VLAROH ; puismaxinstallee=357000 kW au 31/08/2026 ODRÉ — registre au 31 août 2026, données au 31 août 2026
Puissance hydraulique Venaus 260 MW Centrale italienne Enel ; solaire 2 MW exclu Enel Green Power — centrale de Venaus
Partage de capacité utile France 84 % / Italie 16 % Répartition de capacité utile, pas répartition de puissance CFBR — Mont-Cenis, monographie 2022
Schéma du fonctionnement du barrage du Mont-Cenis
Schéma fonctionnel hors échelle. Aucun partage de débit par groupe ni pompage n’est supposé. Les autres centrales de Haute-Maurienne et le photovoltaïque de Venaus sont hors du circuit représenté.
Lire les circuits du schéma en texte

normal

  1. Retenue de Plan d’Aval → Conduite de Plan d’Aval: Eau de Plan d’Aval (eau).
  2. Retenue du Mont-Cenis → Galerie et conduite françaises: Eau du Mont-Cenis (eau).
  3. Retenue du Mont-Cenis → Alimentation de Venaus: Eau destinée à Venaus (eau).
  4. Conduite de Plan d’Aval → Villarodin : deux groupes Pelton: Alimentation (eau).
  5. Galerie et conduite françaises → Villarodin : deux groupes Pelton: Alimentation (eau).
  6. Alimentation de Venaus → Centrale de Venaus: Alimentation (eau).
  7. Villarodin : deux groupes Pelton → Restitution française: Eau turbinée (eau).
  8. Centrale de Venaus → Bassin de restitution de Venaus: Eau turbinée (eau).
  9. Villarodin : deux groupes Pelton → Réseau électrique français: Électricité produite (électricité).
  10. Centrale de Venaus → Réseau électrique italien: Électricité produite (électricité).

Lecture du schéma : Mont-Cenis : deux arrivées françaises et une branche italienne. Schéma fonctionnel hors échelle. Aucun partage de débit par groupe ni pompage n’est supposé. Les autres centrales de Haute-Maurienne et le photovoltaïque de Venaus sont hors du circuit représenté.

Barrage du Mont-Cenis : que représente une heure de production ?

La comparaison suivante prend 357 MW pendant une heure, à puissance constante, soit 357 MWh d’énergie électrique. C’est un scénario hypothétique, pas la mesure d’une heure réelle ni une promesse de disponibilité. La référence concerne VLAROH-CENTRALE HYDRAULIQUE DE VILLARODIN-7, au 31/08/2026 ; centrale française seule, deux groupes déclarés. ODRÉ — registre au 31 août 2026, lignes exactes archivées.

Deux façons de visualiser la même quantité d’énergie
Repère Équivalence arrondie
Logements d’une ville modèle de 100 000 habitants Environ 14,2 heures de leur consommation électrique moyenne, avec le modèle résidentiel ci-dessous.
Voiture électrique équipée d’une batterie utile de 60 kWh Environ 5 355 recharges complètes de 0 à 100 %, en supposant 90 % de rendement de recharge.

Ces deux lignes sont des comparaisons alternatives de la même énergie ; elles ne s’additionnent pas. La ville modèle ne comprend ici que les usages électriques des logements, sans les entreprises, les transports ni les services publics. Le nombre de recharges ne décrit ni des bornes fonctionnant simultanément ni un modèle particulier de voiture.

Voir les hypothèses et le calcul

Énergie = puissance × durée : 357 MW × 1 h = 357 MWh. Un MW mesure une puissance ; un MWh mesure une quantité d’énergie. Par exemple, 1 GW tenu une heure représente 1 GWh, et non une production annuelle.

Pour les logements, le modèle retient 2 200 kWh par an et par habitant, arrondis à partir des 150,9 TWh de consommation résidentielle réelle en 2024 publiés par le SDES et des 68,4 millions d’habitants au 1er janvier 2024 indiqués par l’Insee. Il utilise une année normalisée de 8 760 heures pour exprimer une moyenne : ce n’est ni une norme individuelle ni le profil horaire observé d’une commune.

Le calcul de recharge est : énergie en kWh × 0,90 ÷ 60. Les 60 kWh de capacité utile et les 90 % de rendement sont des hypothèses explicites. La capacité du véhicule, sa température, les pertes et les conditions de recharge font varier le résultat. Aucun rendement hydraulique supplémentaire n’est appliqué à une puissance déjà électrique.

Comprendre la différence entre MW et MWh

Un barrage en enrochements, haut de 120 mètres sur fondation

À bien distinguer

La monographie du CFBR donne 120 mètres sur fondation et 1 400 mètres de longueur en crête. Elle classe le Mont-Cenis parmi les barrages en enrochements, avec un organe d’étanchéité interne. Les statistiques nationales utilisent 95 mètres au-dessus du terrain naturel. Ces deux hauteurs correspondent à des conventions différentes. EDF emploie aussi le terme « barrage-poids » pour expliquer que l’ouvrage oppose sa masse à la pression de l’eau ; cela ne doit pas conduire à le décrire comme un mur-poids intégralement en béton. Monographie CFBR et statistiques nationales.

Dans un barrage en remblai, la fonction de stabilité et la fonction d’étanchéité peuvent être assurées par des parties différentes. La masse des matériaux forme l’ouvrage ; le dispositif étanche limite les circulations d’eau à travers celui-ci. Cette architecture impose de surveiller les tassements, les déplacements et les écoulements. La grande longueur du couronnement raconte la forme du verrou à fermer : on est loin de la mince ligne d’une voûte implantée dans une gorge. Une comparaison fondée uniquement sur la hauteur masquerait cette différence de conception et d’emprise.

320 millions de mètres cubes à une cote bien précise

Le CFBR situe la retenue normale à 1 974 mètres d’altitude et la crête à 1 979 mètres. Il indique une capacité de 320 hm³ à cette retenue normale, soit 320 millions de mètres cubes. L’altitude du lac ne constitue pas une hauteur de barrage. Elle ne représente pas non plus directement la chute aux turbines, qui dépend du point de restitution et du circuit emprunté. Cette distinction est essentielle dans un aménagement de montagne où l’eau peut parcourir des kilomètres avant d’atteindre une centrale.

Un stock élevé peut servir à reporter une partie des apports vers une période de besoin électrique. Mais la capacité normale ne donne pas le remplissage du jour et ne permet pas de promettre une production annuelle fixe. La quantité mobilisable dépend du niveau de départ et des limites de fonctionnement. La géographie intervient aussi dans la collecte des apports : le réservoir reçoit de l’eau captée dans un espace plus large que le seul bassin immédiatement visible autour du lac. Regarder le plan d’eau depuis la route ne montre donc qu’une partie du système.

Villarodin exploite le dénivelé vers la vallée

EDF décrit une centrale semi-enterrée à Villarodin, équipée de deux groupes Pelton. Un circuit reçoit les eaux du Mont-Cenis par une galerie de 17,8 kilomètres puis une conduite forcée de 3,6 kilomètres, avec un dénivelé annoncé de 880 mètres. Un autre circuit reçoit celles de Plan d’Aval. Ce grand dénivelé appartient au trajet hydraulique jusqu’à l’usine, pas au mur du Mont-Cenis. Il explique pourquoi des centrales éloignées de la retenue peuvent occuper une place majeure dans sa valorisation énergétique.

Une turbine Pelton récupère l’énergie de jets d’eau sous forte pression. Le choix de cette technologie correspond aux conditions de haute chute, différentes de celles d’un barrage de plaine. Les conduites, la protection contre les variations de pression et les équipements électriques font partie de la performance de l’ensemble. La puissance ne peut pas être attribuée au seul barrage en regardant son volume. Elle dépend des machines installées et du débit qu’elles peuvent utiliser, dans les limites imposées par les circuits d’amenée et de restitution.

Venaus : l’autre versant électrique du réservoir

Enel Green Power précise que sa centrale de Venaus, dans la vallée de Suse, utilise les eaux du lac du Mont-Cenis situé en France. L’exploitant annonce 260 MW hydrauliques et une production annuelle moyenne estimée de 273 GWh pour cette centrale, sans préciser sur cette page la période utilisée pour cette estimation. Ces chiffres concernent Venaus ; ils ne représentent pas une puissance française installée au barrage. Le partage de la réserve, présenté par EDF comme étant d’environ quatre cinquièmes pour la France, demande donc de séparer localisation du réservoir, droits d’utilisation et implantation des centrales. Enel — Centrale de Venaus.

Enel mentionne également une installation photovoltaïque sur le bassin de restitution de Venaus. Ce bassin italien n’est pas le grand lac d’altitude du Mont-Cenis. Additionner ses mégawatts solaires à la puissance hydraulique, puis attribuer le résultat au barrage français, mélangerait à la fois les technologies et les sites. Ce cas rappelle l’importance de nommer l’équipement auquel appartient un chiffre. Une réserve commune peut être associée à plusieurs usines sans que toutes leurs caractéristiques deviennent celles d’une unique centrale imaginaire.

Les transferts relient plusieurs réserves de Haute-Maurienne

La documentation de l’office de tourisme de Haute-Maurienne Vanoise explique les relations entre Mont-Cenis, Plan d’Aval et les centrales de la vallée. Des galeries et des conduites permettent des transferts par turbinage et pompage. Cette organisation utilise des apports provenant des versants de l’Arc et permet de déplacer une partie de l’eau entre réserves. Les 560 MW annoncés par EDF concernent l’aménagement de Haute-Maurienne dans son périmètre de présentation ; ils ne doivent pas être baptisés « puissance du mur du Mont-Cenis ». Office de tourisme — Organisation hydroélectrique.

Un transfert par pompage consomme de l’électricité pour relever l’eau. Le turbinage ultérieur en récupère une partie au moment choisi. La valeur de l’opération tient au déplacement de l’énergie dans le temps et à la souplesse du système, avec des pertes. Il serait donc faux de traiter tout pompage comme une nouvelle arrivée naturelle d’eau. À l’échelle d’une saison, la disponibilité des réserves reste liée aux apports et aux usages. À l’échelle de quelques heures, les possibilités de transfert peuvent améliorer le placement de la production.

Surveillance, maintenance et risques de montagne

La monographie du CFBR documente la surveillance des déplacements, des pressions et des fuites, ainsi que l’ajout d’équipements de suivi liés notamment aux versants. Un barrage en altitude ne peut pas être étudié sans son environnement géologique. Le déplacement d’un ouvrage et celui d’une rive sont des phénomènes distincts, qui peuvent nécessiter des mesures complémentaires. La présence d’instruments ne constitue pas, à elle seule, la preuve d’un danger imminent : elle permet de suivre le comportement, de comparer les observations et d’organiser les interventions nécessaires.

La maintenance des machines complète cette surveillance du génie civil. Le fabricant Jeumont Electric décrit une reconstruction de stator à Villarodin et distingue les étapes du chantier. La valeur de 195 MVA citée concerne l’alternateur et une puissance apparente électrique ; ce n’est pas un chiffre à recopier en MW hydrauliques pour le barrage. Cet exemple illustre la précision nécessaire quand on utilise des communications industrielles : identifier la pièce, la grandeur et la phase de travaux avant d’en tirer une conclusion sur la disponibilité de toute la centrale. Jeumont Electric — Stator de Villarodin, 2025.

Un paysage frontalier qui conserve plusieurs usages

L’office de tourisme replace le lac dans l’histoire du plateau et du déplacement de la frontière après la Seconde Guerre mondiale. Il évoque également les alpages, les sentiers et les travaux paysagers. Le site n’est donc pas une simple enceinte électrique séparée du territoire. Son attractivité repose sur une combinaison de reliefs, de patrimoine et d’accès, dont les conditions varient avec la saison. Un guide permanent ne peut garantir une route ouverte ou un itinéraire praticable à une date donnée : les renseignements locaux restent nécessaires avant un déplacement.

Questions fréquentes sur Mont-Cenis

Le barrage est-il français ou italien ?

Le barrage et le grand réservoir sont situés en France, avec une utilisation de l’eau organisée entre les deux pays. Des centrales françaises et italiennes valorisent cette réserve. La localisation du lac ne permet donc pas d’attribuer à la France toute la puissance des usines qui l’utilisent.

Pourquoi parle-t-on d’une chute de presque 900 mètres ?

Il s’agit du dénivelé vers Villarodin, à travers un circuit d’amenée et une conduite forcée. Le mur ne mesure pas cette hauteur. Dans un aménagement de montagne, les turbines peuvent être très éloignées du barrage et exploiter une différence d’altitude beaucoup plus grande.

Peut-on additionner 560 MW et 260 MW ?

Ces valeurs décrivent des périmètres distincts : un ensemble français présenté par EDF et la centrale italienne de Venaus présentée par Enel. Une addition ne devient pertinente qu’avec une définition explicite de l’ensemble comparé. Elle ne donne pas la puissance d’un barrage-usine unique au Mont-Cenis.

Les caractéristiques décrivent les périmètres et les dates indiqués. Les niveaux de retenue, la disponibilité des groupes et les conditions d’accès varient ; les consignes locales relèvent des autorités et de l’exploitant.
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