Actu

Barrage de Tignes : hauteur et fonctionnement du Chevril

Sources : CFBR, EDF, Mairie de Tignes, Tignes Tourisme

Sommaire

Sujets abordés

Vue d’illustration d’un aménagement hydraulique générique — tignes
Vue d’illustration d’un aménagement hydraulique générique — tignes
Vue d’illustration : aménagement et paysage génériques. Cette scène ne constitue pas une photographie documentaire du site réel.
L’essentiel

Le barrage de Tignes, également appelé barrage du Chevril, ferme la haute vallée de l’Isère en Savoie. Son record français porte sur la hauteur : 160 mètres au-dessus du terrain naturel, contre 180 mètres depuis les fondations. Derrière la voûte, le lac du Chevril constitue la réserve d’un ensemble de centrales qui valorisent plusieurs étages du relief. Comprendre Tignes suppose donc de regarder à la fois le mur, les galeries et la vallée jusqu’à Bourg-Saint-Maurice. Le classement du CFBR emploie la première de ces deux hauteurs.

Barrage de Tignes : deux étages de turbines jusqu’à Malgovert

Pour comprendre le barrage de Tignes, il faut suivre une chaîne de machines plutôt qu’imaginer une seule turbine derrière la voûte. Le lac du Chevril reçoit un réseau de captages ; l’eau rejoint d’abord la centrale des Brévières, au pied de l’ouvrage, puis poursuit son parcours vers Malgovert. La même ressource traverse ainsi deux étages de production. Chaque étage utilise son propre dénivelé : l’eau conserve encore de l’énergie potentielle après le premier passage.

Trois groupes Francis, puis quatre groupes à deux Pelton

Une turbine transforme l’énergie de l’eau en rotation ; l’alternateur transforme cette rotation en électricité. Cet ensemble constitue un groupe de production. Aux Brévières, EDF décrit trois groupes Francis. Une Francis est une roue traversée par l’eau sous pression. À Malgovert, chaque groupe associe au contraire deux turbines Pelton : des jets frappent les augets, petits réceptacles répartis sur la roue. Quatre groupes ne signifient donc pas quatre roues Pelton. Description des machines par EDF.

La galerie de quinze kilomètres assure le transfert entre les deux étages. Elle débouche sur une conduite forcée de mille cinq cents mètres, c’est-à-dire une canalisation conçue pour transporter l’eau sous pression. Ces deux longueurs mesurent des parcours, tandis que les sept cent cinquante mètres cités pour Malgovert décrivent un dénivelé. Les confondre empêcherait de comprendre la fonction de chaque ouvrage : acheminer l’eau dans la montagne, puis exploiter sa descente vers la centrale.

À quoi sert le bassin de Montrigon après les turbines ?

Produire de l’électricité change aussi le rythme de restitution de l’eau. Le bassin de Montrigon, placé après Malgovert, sert à démoduler les débits : il atténue leurs variations avant le retour dans l’Isère. Il remplit une fonction différente de celle du grand lac amont. Le schéma le place donc après les machines, et non comme une réserve supplémentaire qui alimenterait les turbines de Malgovert. Sa présence rappelle que le circuit ne s’arrête pas à l’alternateur.

Les flèches hydrauliques suivent l’eau, tandis que la branche électrique rejoint le réseau. Aucune flèche de pompage n’est dessinée : la source utilisée décrit ici une cascade de production et un bassin de démodulation. Le tracé fonctionnel ne représente ni la pente réelle des galeries ni l’ensemble des affluents. Les cinq centrales complémentaires nommées par EDF restent hors de cette vue simplifiée du parcours principal, afin de ne pas inventer leurs connexions détaillées.

La référence de puissance retenue pour la comparaison pédagogique ci-dessous est celle de l’aménagement Tignes-Malgovert présenté par EDF. Elle comprend également ces moyens complémentaires. Elle ne peut donc pas être attribuée aux seuls Brévières, au seul Malgovert ou aux seuls éléments dessinés. Cette précision permet de comprendre ce qu’un scénario d’une heure représente, sans le transformer en durée de disponibilité promise ou en mesure de production annuelle.

Repères techniques et périmètres
Caractéristique Valeur et lecture Source
Collecte de la retenue 18 prises d’eau — Présentation EDF du bassin de captage. Source
Centrale des Brévières 3 groupes Francis — Usine au pied du barrage. Source
Centrale de Malgovert 4 groupes — Chaque groupe entraîné par deux turbines Pelton. Source
Galerie de transfert 15 km — Des Brévières vers la conduite de Malgovert. Source
Conduite forcée de Malgovert 1500 m — Longueur de canalisation, pas hauteur de chute. Source
Dénivelé vers Malgovert 750 m — Description EDF de la descente vers la centrale. Source
Bassin de Montrigon 650000 m³ — Bassin de démodulation en aval de Malgovert. Source
Puissance de présentation 400 MW — Aménagement complet Tignes-Malgovert, centrales complémentaires comprises. Source
Schéma du fonctionnement du barrage de Tignes
Circuit principal fonctionnel, hors échelle. Les centrales complémentaires sont omises ; les 400 MW décrivent l’aménagement complet, plus large que ce schéma.
Lire les circuits du schéma en texte

normal

  1. Lac du Chevril → Les Brévières: Alimentation (eau).
  2. Les Brévières → Galerie de transfert: Eau après le premier étage (eau).
  3. Galerie de transfert → Conduite forcée: Transfert (eau).
  4. Conduite forcée → Malgovert: Descente vers Malgovert (eau).
  5. Malgovert → Bassin de Montrigon: Eau turbinée (eau).
  6. Bassin de Montrigon → Isère: Débits démodulés (eau).
  7. Les Brévières → Réseau électrique: Électricité (électricité).
  8. Malgovert → Réseau électrique: Électricité (électricité).

Barrage de Tignes : que représente une heure de production ?

La comparaison suivante prend 400 MW pendant une heure, à puissance constante, soit 400 MWh d’énergie électrique. C’est un scénario hypothétique, pas la mesure d’une heure réelle ni une promesse de disponibilité. La référence concerne Aménagement Tignes-Malgovert complet, centrales complémentaires comprises ; pas la seule usine de pied ni le seul circuit dessiné. EDF — Présentation de l’aménagement Tignes-Malgovert.

Deux façons de visualiser la même quantité d’énergie
Repère Équivalence arrondie
Logements d’une ville modèle de 100 000 habitants Environ 15,9 heures de leur consommation électrique moyenne, avec le modèle résidentiel ci-dessous.
Voiture électrique équipée d’une batterie utile de 60 kWh Environ 6 000 recharges complètes de 0 à 100 %, en supposant 90 % de rendement de recharge.

Ces deux lignes sont des comparaisons alternatives de la même énergie ; elles ne s’additionnent pas. La ville modèle ne comprend ici que les usages électriques des logements, sans les entreprises, les transports ni les services publics. Le nombre de recharges ne décrit ni des bornes fonctionnant simultanément ni un modèle particulier de voiture.

Voir les hypothèses et le calcul

Énergie = puissance × durée : 400 MW × 1 h = 400 MWh. Un MW mesure une puissance ; un MWh mesure une quantité d’énergie. Par exemple, 1 GW tenu une heure représente 1 GWh, et non une production annuelle.

Pour les logements, le modèle retient 2 200 kWh par an et par habitant, arrondis à partir des 150,9 TWh de consommation résidentielle réelle en 2024 publiés par le SDES et des 68,4 millions d’habitants au 1er janvier 2024 indiqués par l’Insee. Il utilise une année normalisée de 8 760 heures pour exprimer une moyenne : ce n’est ni une norme individuelle ni le profil horaire observé d’une commune.

Le calcul de recharge est : énergie en kWh × 0,90 ÷ 60. Les 60 kWh de capacité utile et les 90 % de rendement sont des hypothèses explicites. La capacité du véhicule, sa température, les pertes et les conditions de recharge font varier le résultat. Aucun rendement hydraulique supplémentaire n’est appliqué à une puissance déjà électrique.

160 ou 180 mètres : deux mesures du même barrage

Les fondations d’un grand barrage descendent sous le terrain visible pour rejoindre les niveaux sur lesquels l’ouvrage est établi. Une hauteur mesurée depuis ces fondations inclut donc une partie enterrée. À Tignes, la monographie technique du CFBR indique 180 mètres sur fondation et une longueur en crête de 430 mètres. Ces deux dimensions ne décrivent pas une falaise entièrement visible de 180 mètres : la référence de départ change la mesure verticale.

À bien distinguer

Pour comparer Tignes à Roselend ou Monteynard, il faut conserver le même référentiel. Le tableau national du CFBR place ainsi Tignes à 160 mètres au-dessus du terrain naturel. Employer 180 mètres pour Tignes et les hauteurs naturelles des autres ouvrages avantagerait artificiellement le premier. Ce choix méthodologique ne diminue pas son record ; il rend le classement lisible. Une altitude de crête, exprimée par rapport au niveau de la mer, répond encore à une autre question et ne doit pas être additionnée à la hauteur du mur.

Une voûte qui travaille avec les versants

La forme courbe du barrage n’est pas un simple effet architectural. Dans le principe d’un barrage-voûte, une part importante de la poussée de l’eau est transmise vers les rives. Le massif rocheux participe ainsi à la résistance de l’ensemble. C’est pourquoi une photographie du béton seul ne suffit pas pour comprendre l’ouvrage : les appuis et les fondations appartiennent au système mécanique. La monographie du CFBR identifie des fondations dans les quartzites. La lecture technique du site inclut donc le contact avec la roche et les appuis latéraux, au-delà du seul mur visible depuis la route.

Cette géométrie permet de distinguer deux fonctions du paysage. L’étroiture fournit l’emplacement de fermeture ; l’espace en amont accueille le lac. Une vallée large peut offrir un grand réservoir sans exiger un mur de même largeur sur toute sa longueur. À l’inverse, une gorge impressionnante ne garantit pas à elle seule une capacité de stockage élevée. Le volume dépend de la forme de toute la cuvette, pas seulement de la hauteur observée depuis la route.

Le lac du Chevril : un stockage à documenter avec sa cote

La fiche générale du CFBR sur Tignes affiche 230 millions de mètres cubes. Sa monographie détaillée donne 235 millions de mètres cubes à retenue normale, valeur également présentée par EDF. Le présent guide retient 235 millions pour la description technique à retenue normale et conserve 230 millions lorsqu’il renvoie au référentiel du classement national. Il ne transforme pas cette différence documentaire en mesure d’une évolution récente du lac.

Un volume de référence indique ce que la cuvette contient à un niveau défini. Il ne donne ni le remplissage du jour, ni la totalité de l’eau mobilisable à tout moment pour produire. Entre deux cotes, la quantité déstockée dépend de la courbe propre au réservoir : on ne peut pas convertir une baisse d’un mètre en un volume constant en utilisant une surface unique. Pour un lecteur qui compare plusieurs barrages, cette distinction évite de confondre capacité géométrique, réserve exploitable et photographie saisonnière.

Des Brévières à Malgovert : utiliser plusieurs étages de chute

Selon la présentation d’EDF consacrée à Tignes-Malgovert, l’eau est d’abord turbinée aux Brévières, au pied du barrage, puis conduite vers Malgovert par une galerie de 15 kilomètres et une conduite forcée de 1 500 mètres. La centrale aval se trouve environ 750 mètres plus bas. Les Brévières utilisent des turbines Francis ; Malgovert est équipé de groupes entraînés par des turbines Pelton. EDF présente une puissance de 400 MW pour l’aménagement, qui comprend aussi des équipements complémentaires.

Le point décisif est la différence entre hauteur du barrage et hauteur de chute exploitée. La seconde peut utiliser le dénivelé de la vallée bien au-delà du pied de l’ouvrage. Une eau turbinée n’a pas disparu : elle peut encore céder de l’énergie à un étage inférieur. En revanche, on ne multiplie pas librement le volume stocké par le nombre de centrales pour annoncer une réserve d’eau plus grande. Le parcours valorise plusieurs différences d’altitude avec une même ressource, sous les contraintes de chaque tronçon.

Les 400 MW décrivent une capacité de production instantanée, et non une production annuelle de 400 MWh. À puissance constante, une heure à 400 MW correspondrait mathématiquement à 400 MWh ; ce calcul pédagogique ne décrit pas une heure effectivement produite par Tignes. Sur une année, il faudrait connaître les apports, les niveaux, les indisponibilités et les décisions d’exploitation. Une simple multiplication par 8 760 heures donnerait seulement un plafond théorique sans intérêt pour décrire le fonctionnement réel.

1952 : un équipement national, une rupture locale

La mairie de Tignes retrace la déclaration d’utilité publique de 1946, les travaux de l’après-guerre et l’évacuation du village en 1952. Cette histoire ne se résume pas à une prouesse de génie civil. Le chantier répondait à un besoin national d’électricité, mais la mise en eau a dispersé une communauté et transformé ses activités. La même source rappelle que les habitants étaient divisés sur l’avenir touristique et sur l’installation permanente en altitude.

Il serait donc réducteur d’expliquer la station actuelle comme la conséquence automatique et unanimement acceptée du barrage. Les choix communaux, les équipements et les difficultés des premières années font partie d’une trajectoire plus longue. Le lac visible depuis les routes recouvre un ancien espace habité, avec des lieux de vie et des attachements. Reconnaître cette dimension aide à comprendre pourquoi l’ouvrage occupe une place singulière dans la mémoire de Tignes.

Lire le paysage actuel sans confondre les deux lacs

Le Chevril est la retenue artificielle liée au barrage ; le lac de Tignes, au niveau de la station du Lac, est un autre plan d’eau. Cette distinction est utile pour préparer un déplacement ou identifier une photographie. Avant de choisir un point de vue, il est utile de repérer le barrage, les villages et les accès annoncés par l’office de tourisme. Une photographie cadrée sur le lac de la station ne montre pas nécessairement le Chevril : identifier le plan d’eau évite de préparer une visite à partir du mauvais lieu.

L’office de tourisme de Tignes présente l’église reconstruite aux Boisses et la Dame du Lac comme des repères de cette mémoire. Il rappelle aussi l’origine de la fresque d’Hercule réalisée sur le parement en 1989. Une représentation récente du barrage ne doit pas supposer que cette fresque conserve partout son aspect d’origine. Pour voir l’intérieur, les visites annoncées par l’organisateur restent la référence ; la présence d’une route ou d’un point de vue extérieur ne constitue pas une autorisation d’entrer dans les installations.

Questions fréquentes sur le barrage de Tignes

Tignes et Chevril désignent-ils deux barrages différents ?

Non. Ces noms désignent ici le même grand barrage et sa retenue principale. Le nom Tignes-Malgovert désigne un périmètre hydroélectrique plus large, comprenant le transport de l’eau et plusieurs centrales. C’est ce périmètre qu’il faut préciser lorsqu’on cite sa puissance.

Le mur est-il haut de 160 ou de 180 mètres ?

Les deux chiffres ont un référentiel explicite : 160 mètres au-dessus du terrain naturel dans le classement CFBR, 180 mètres sur fondation dans la monographie. Le premier sert aux comparaisons homogènes de hauteur ; le second décrit la dimension structurelle totale.

Pourquoi l’usine principale n’est-elle pas seulement au pied du barrage ?

Le relief offre encore une importante différence d’altitude en aval. Les galeries et la conduite vers Malgovert permettent de valoriser cette chute supplémentaire. La puissance de l’aménagement ne se lit donc pas directement dans la hauteur apparente de la voûte.

Un lac moins rempli signifie-t-il que le barrage fonctionne mal ?

Le niveau seul ne permet pas cette conclusion. Il faudrait le rapprocher des apports, de la période, des contraintes d’exploitation et des objectifs de gestion. Une image ponctuelle renseigne sur un état du paysage, pas sur le bilan technique annuel de l’aménagement.

Les caractéristiques décrivent les périmètres et les dates indiqués. Les niveaux de retenue, la disponibilité des groupes et les conditions d’accès varient ; les consignes locales relèvent des autorités et de l’exploitant.

Sources et périmètres

Restez branché sur l'hydroélectricité

L’essentiel par email sur le secteur : réglementation, chantiers, innovations. Pas de spam, désinscription en un clic.

Pas de spam · Désinscription en un clic