
Le barrage de Petit-Saut retient le Sinnamary au cœur de la Guyane. Mis en service en 1994, il occupe une place singulière parmi les grands ouvrages français : son mur est beaucoup moins haut que ceux des Alpes, mais son réservoir arrive en tête du classement national du CFBR par capacité. L’installation doit également répondre aux contraintes d’un système électrique éloigné du réseau continental et à celles d’une retenue tropicale. Comprendre Petit-Saut suppose donc de relier génie civil, électricité et qualité de l’eau, sans réduire le site à un record de volume. Dossier départemental des risques majeurs, 2022.
Barrage de Petit-Saut : produire puis réoxygéner l’eau
Petit-Saut associe un barrage principal en béton compacté au rouleau et cinq digues annexes, décrits séparément dans la monographie du CFBR. Le béton est mis en place et compacté par couches ; les digues ferment d’autres passages de la cuvette. Les 51 m de hauteur sur fondation concernent le barrage principal, tandis que la fiche indique 16 m pour les digues annexes. Cette organisation explique pourquoi une vue du seul mur ne suffit pas à comprendre la fermeture du lac. Les 3540 hm³ de retenue normale représentent la capacité de l’ensemble du réservoir. CFBR — Petit-Saut, monographie 2022.
Le circuit de production alimente quatre turbines Kaplan. La communication EDF/CFBR de 2005 les décrit à 29 MW par unité ; la lettre EDF Guyane 2024 confirme une puissance totale de 116 MW. Une turbine Kaplan est une machine à roue en forme d’hélice, avec des pales orientables : cette possibilité de réglage sert à adapter le passage de l’eau. Le groupe comprend aussi l’alternateur qui produit l’électricité. Le schéma rassemble ces quatre ensembles, puis sépare la sortie électrique vers le réseau guyanais de la restitution hydraulique vers le Sinnamary. EDF/CFBR — Petit-Saut, colloque 2005 EDF Guyane — lettre 2024.
Lire les branches du circuit
La particularité décisive se situe après les turbines : un seuil aérateur traite l’eau avant sa poursuite vers l’aval. Le bilan du comité scientifique explique que l’eau profonde du réservoir peut être pauvre en oxygène et chargée en gaz, notamment en méthane issu de la décomposition de matière organique. Le passage dans une turbine ne supprime pas cette contrainte. Un simple dessin lac–turbine–rivière masquerait donc un ouvrage essentiel au fonctionnement environnemental du site. Le schéma ajoute explicitement le seuil aérateur entre l’usine et le Sinnamary aval. EDF — comité scientifique de Petit-Saut, bilan 2014.
L’aération repose sur un brassage de l’eau avec l’air et favorise aussi le dégazage. Le dossier scientifique décrit le lien entre méthane dissous et consommation d’oxygène dans le fleuve, ainsi que les observations qui ont conduit à cet équipement. Il s’agit d’une réponse technique à une propriété de l’eau restituée, et non d’une étape de production électrique supplémentaire. Le document est un bilan rédigé en 2014, même si son adresse de mise en ligne comporte 2025 : son contenu historique ne doit pas être présenté comme une mesure de qualité d’eau réalisée aujourd’hui. EDF — comité scientifique de Petit-Saut, bilan 2014.
Enfin, les 116 MW des turbines ne définissent pas à eux seuls ce que le réseau peut transporter à chaque instant. EDF analyse dans son document 2024 les contraintes de liaison et d’exportation de la zone de Petit-Saut. L’exemple électrique ci-dessous reste donc un scénario à puissance référencée, sous hypothèses de disponibilité des groupes et du réseau. Pour le volume, 3540 hm³ à la cote normale 35 NGG et 3500 hm³ dans le classement arrondi restent deux présentations explicitement attribuées ; elles ne décrivent pas deux stocks à additionner. EDF — enjeux du réseau guyanais 2024 CFBR — Petit-Saut, monographie 2022.
| Caractéristique | Valeur | Périmètre et source |
|---|---|---|
| Fermeture du réservoir | Barrage BCR et cinq digues annexes | Béton compacté au rouleau pour l’ouvrage principal CFBR — Petit-Saut, monographie 2022 |
| Hauteur sur fondation, ouvrage principal | 51 m | Les digues annexes sont indiquées séparément à 16 m CFBR — Petit-Saut, monographie 2022 |
| Retenue à niveau normal | 3540 hm³ | Ensemble du lac à RN 35 NGG ; classement général arrondi 3500 hm³ CFBR — Petit-Saut, monographie 2022 |
| Cote de retenue normale | 35 mNGG | Référentiel altimétrique de Guyane, pas une hauteur de barrage CFBR — Petit-Saut, monographie 2022 |
| Équipement de production | 4 turbines Kaplan de 29 MW | Description EDF/CFBR 2005 EDF/CFBR — Petit-Saut, colloque 2005 |
| Puissance totale | 116 MW | Centrale seule ; lettre EDF Guyane 2024 EDF Guyane — lettre 2024 |
| Traitement après turbinage | Seuil aérateur | Brassage, réoxygénation et dégazage décrits dans le bilan 2014 EDF — comité scientifique de Petit-Saut, bilan 2014 |

Lire les circuits du schéma en texte
normal
- Lac de Petit-Saut → Prises de l’usine: Eau prélevée (eau).
- Prises de l’usine → Quatre groupes Kaplan: Turbinage (eau).
- Quatre groupes Kaplan → Seuil aérateur: Eau turbinée (eau).
- Seuil aérateur → Sinnamary aval: Restitution (eau).
- Quatre groupes Kaplan → Réseau électrique guyanais: Électricité produite (électricité).
Lecture du schéma : Petit-Saut : un circuit électrique et un traitement de l’eau. Schéma fonctionnel hors échelle du circuit de production. Le seuil aérateur appartient au traitement de l’eau après turbinage ; les évacuateurs et vidanges de sûreté ne sont pas détaillés.
Sources de ce complément
Barrage de Petit-Saut : que représente une heure de production ?
La comparaison suivante prend 116 MW pendant une heure, à puissance constante, soit 116 MWh d’énergie électrique. C’est un scénario hypothétique, pas la mesure d’une heure réelle ni une promesse de disponibilité. La référence concerne Quatre groupes de la centrale de Petit-Saut ; EDF Guyane 2024 ; pas une capacité d’export garantie du réseau. EDF Guyane — lettre 2024.
| Repère | Équivalence arrondie |
|---|---|
| Logements d’une ville modèle de 100 000 habitants | Environ 4,6 heures de leur consommation électrique moyenne, avec le modèle résidentiel ci-dessous. |
| Voiture électrique équipée d’une batterie utile de 60 kWh | Environ 1 740 recharges complètes de 0 à 100 %, en supposant 90 % de rendement de recharge. |
Ces deux lignes sont des comparaisons alternatives de la même énergie ; elles ne s’additionnent pas. La ville modèle ne comprend ici que les usages électriques des logements, sans les entreprises, les transports ni les services publics. Le nombre de recharges ne décrit ni des bornes fonctionnant simultanément ni un modèle particulier de voiture.
Voir les hypothèses et le calcul
Énergie = puissance × durée : 116 MW × 1 h = 116 MWh. Un MW mesure une puissance ; un MWh mesure une quantité d’énergie. Par exemple, 1 GW tenu une heure représente 1 GWh, et non une production annuelle.
Pour les logements, le modèle retient 2 200 kWh par an et par habitant, arrondis à partir des 150,9 TWh de consommation résidentielle réelle en 2024 publiés par le SDES et des 68,4 millions d’habitants au 1er janvier 2024 indiqués par l’Insee. Il utilise une année normalisée de 8 760 heures pour exprimer une moyenne : ce n’est ni une norme individuelle ni le profil horaire observé d’une commune.
Le calcul de recharge est : énergie en kWh × 0,90 ÷ 60. Les 60 kWh de capacité utile et les 90 % de rendement sont des hypothèses explicites. La capacité du véhicule, sa température, les pertes et les conditions de recharge font varier le résultat. Aucun rendement hydraulique supplémentaire n’est appliqué à une puissance déjà électrique.
3 500 ou 3 540 millions de mètres cubes ?
Les statistiques nationales du CFBR indiquent une capacité arrondie de 3 500 millions de mètres cubes. Sa monographie technique donne 3 540 hm³ à la retenue normale, à la cote 35 NGG. Un hm³ correspond à un million de mètres cubes. Ces deux présentations situent donc le même ordre de grandeur, avec des degrés de précision différents. Pour un classement homogène, le repère de 3 500 millions peut être conservé ; pour une description technique à la cote précisée, la valeur de 3 540 millions doit rester accompagnée de cette référence. Statistiques CFBR et monographie de Petit-Saut.
Cette capacité ne décrit pas le volume effectivement présent chaque jour. Le niveau évolue avec les apports et l’exploitation, et la surface en eau change elle aussi. La monographie indique 288 kilomètres carrés à sa retenue normale ; une lettre EDF de 2024 utilise une superficie de présentation de 310 kilomètres carrés. Sans convention commune explicitée, il serait maladroit de mélanger ces surfaces pour calculer une profondeur moyenne. Une donnée précise est utile seulement si son périmètre est conservé. Une carte touristique et une fiche technique peuvent décrire différemment une même retenue.
Un ouvrage-poids en béton compacté au rouleau
Le dossier préfectoral présente Petit-Saut comme un barrage-poids en béton compacté au rouleau de 47 mètres de hauteur. La monographie distingue 51 mètres sur fondation pour l’ouvrage principal, long de 740 mètres, et des digues complémentaires. Le béton compacté au rouleau est mis en œuvre et compacté par couches ; la fonction de l’ouvrage reste celle d’un barrage-poids, dont la masse participe à la stabilité. Les fermetures complémentaires rappellent qu’un grand lac peut nécessiter plusieurs structures, au-delà du mur implanté sur le cours d’eau.
Le contraste entre la hauteur relativement limitée du mur et l’immensité du lac vient de la topographie du réservoir. La capacité dépend de la forme de la cuvette mise en eau, pas seulement de l’altitude du couronnement. Un barrage élevé dans une gorge resserrée et un barrage moins haut ouvrant sur une vaste étendue ne stockent pas l’eau de la même façon. Petit-Saut montre ainsi pourquoi les classements par hauteur et par volume donnent des résultats différents. Aucun de ces deux critères ne suffit, à lui seul, pour décrire l’importance électrique d’un aménagement.
Quatre groupes pour une puissance de référence de 116 MW
Dans sa lettre de juillet-décembre 2024, EDF Guyane indique quatre turbines et une puissance installée de 116 MW. Ce repère figure également dans le dossier départemental des risques majeurs de 2022. Il s’agit de la centrale, et non d’une quantité d’énergie stockée dans le mur. Les documents de présentation peuvent comporter d’autres arrondis ou périmètres ; ce guide conserve donc 116 MW avec ces références datées. Cette puissance ne garantit pas à elle seule une capacité d’exportation équivalente vers les consommateurs. EDF Guyane, lettre 2024 et DDRM de Guyane 2022.
La centrale transforme l’énergie d’une eau qui descend en énergie mécanique, puis électrique. Le lac permet de conserver une ressource avant de l’utiliser, mais il ne garantit pas un fonctionnement continu à pleine puissance. Le niveau disponible, les apports futurs, les contraintes du réseau et les conditions de restitution interviennent dans la conduite. Pour connaître l’énergie annuelle produite, il faut lire un bilan en GWh daté. Un pourcentage ancien de l’électricité guyanaise ne doit pas être présenté comme une part fixe valable tous les ans : le numérateur et la consommation totale varient.
La ressource et les lignes électriques comptent ensemble
Le document EDF de 2024 consacré au réseau situe Petit-Saut loin des principales zones de consommation du littoral, notamment Cayenne et Saint-Laurent. L’évacuation de l’électricité constitue donc un enjeu à part entière. Une centrale peut être techniquement disponible tout en rencontrant des limites liées aux lignes, à la stabilité ou à la sûreté du système. La réserve d’eau ne supprime pas ces contraintes. L’électricité doit pouvoir être transportée au bon moment jusqu’aux consommateurs, dans les conditions de fonctionnement prévues pour le réseau guyanais. EDF Guyane — Enjeux du réseau, 2024.
Le document EDF de 2024 sur les enjeux de développement du réseau décrit une contrainte d’exportation de la zone de Petit-Saut et les limites associées à la perte éventuelle d’une liaison. Cela éclaire le choix de localisation de nouveaux moyens de production : installer une centrale près d’une ressource ne résout pas automatiquement les problèmes de transport. Il faut vérifier les possibilités du poste et des lignes. Le projet énergétique d’un territoire se lit ainsi à la fois dans ses moyens de production et dans la géographie de son réseau. EDF Guyane — Enjeux du réseau électrique, 2024.
Une retenue tropicale suivie pour son oxygène et ses gaz
La mise en eau d’une forêt modifie les cycles de la matière organique et de l’oxygène. Le dossier scientifique diffusé par EDF décrit une couche superficielle oxygénée et le suivi de l’évolution de la retenue. Il présente aussi un seuil aérateur installé à l’aval. Le fonctionnement de Petit-Saut ne peut donc pas être évalué seulement par ses turbines : la qualité de l’eau restituée au Sinnamary est une composante essentielle de son exploitation. Les observations biologiques et physico-chimiques permettent de comprendre ce qui change dans le lac et en aval. Dossier du comité scientifique de Petit-Saut.
Une communication d’EDF au CFBR en 2005 replace le suivi de l’eau dans le régime des pluies du bassin du Sinnamary. Elle distingue les saisons humides et sèches et les périodes de hautes eaux qui en résultent. Cet arrière-plan hydrologique est indispensable pour interpréter les observations du lac : une mesure de qualité d’eau doit être reliée à sa période et aux conditions de remplissage. Une observation historique ne constitue pas un diagnostic actuel, mais elle aide à comprendre les facteurs que le suivi doit prendre en compte. EDF/CFBR — Évolution de la qualité de l’eau à Petit-Saut, 2005.
Le dossier scientifique mentionne également le suivi des émissions de gaz à effet de serre. L’eau est une ressource renouvelable, mais cela ne permet pas de qualifier sans nuance une retenue tropicale de système sans émissions. Pour établir un bilan climatique, il faut considérer les processus du réservoir et une méthode de comparaison explicite. Un volume d’eau ou une puissance installée ne donne pas à lui seul ce bilan. Cette précaution aide à distinguer l’intérêt électrique de l’aménagement de l’évaluation environnementale, qui porte sur d’autres observations et d’autres durées.
Navigation, paysage et information du public
Le lac est aussi un espace parcouru, mais ses dimensions imposent de préparer les déplacements. La préfecture propose un itinéraire conseillé entre le barrage et Saut Mouche, avec une carte et un tracé à télécharger. Cette information ne vaut pas ouverture générale de tous les secteurs ni garantie de conditions identiques à chaque niveau du lac. Il convient de consulter les indications récentes et de respecter les limites d’accès autour des installations. Le caractère spectaculaire du paysage ne doit pas faire oublier qu’il s’agit d’une retenue exploitée. Préfecture — Itinéraire conseillé sur Petit-Saut.
Questions fréquentes sur Petit-Saut
Est-ce le plus grand barrage de France ?
Petit-Saut arrive en tête du tableau CFBR des réservoirs par capacité, dans un périmètre français incluant l’outre-mer. Il n’est pas le plus haut mur. Pour répondre correctement, il faut annoncer le critère : volume de retenue, hauteur de l’ouvrage ou puissance de la centrale.
Pourquoi ne pas donner une part fixe de la production guyanaise ?
La production hydraulique et la demande changent selon les années. Les apports d’eau et les disponibilités du système interviennent aussi. Une part publiée dans un bilan doit donc rester associée à sa période et à son périmètre, notamment le réseau littoral concerné.
La capacité du réservoir suffit-elle pour connaître l’énergie stockée ?
Non. Il faut connaître la tranche mobilisable, la chute et les rendements, puis tenir compte des limites d’exploitation et de restitution. La capacité totale de 3,5 milliards de mètres cubes ne se convertit pas directement en une autonomie électrique garantie.
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Sources et références
- CFBR — Statistiques nationales.
- CFBR — Monographie technique, corpus Marseille 2022.
- Préfecture de Guyane — DDRM 2022.
- EDF Guyane — Lettre 2024.
- EDF Guyane — Enjeux réseau 2024.
- EDF — Dossier du comité scientifique.
- EDF/CFBR — Qualité de l’eau de Petit-Saut, 2005.
- Préfecture — Navigation sur le lac.
Consultation : 29 octobre 2026. Capacités, surfaces de présentation et mesures historiques restent distinguées.