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Comment gérer l’impact des crues sur les prises d’eau ?

Sources : Légifrance, arrêté du 6 août 2018 relatif aux prescriptions techniques de sécurité des barrages, Légifrance, arrêté du 8 août 2022 sur les obligations documentaires et vérifications des ouvrages hydrauliques

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Sujets abordés

Comment gérer l'impact des crues sur les prises d'eau ?
La réponse en une phrase

La gestion de l’impact des crues sur les prises d’eau hydroélectriques repose sur des principes de sécurité, une surveillance continue et l’application de procédures spécifiques à chaque ouvrage. Elle implique une coordination rigoureuse entre les gestionnaires et les services de l’État, encadrée par des textes réglementaires.

Comprendre les enjeux des crues pour les prises d’eau

Une prise d’eau est un ouvrage essentiel qui prélève une partie du débit d’un cours d’eau afin de l’acheminer vers une centrale hydroélectrique. En période de crue, ces installations sont confrontées à plusieurs défis majeurs. Les difficultés possibles comprennent l’arrivée massive de débris et de sédiments, la submersion ou l’endommagement potentiel des équipements, l’obstruction des grilles de protection et des variations rapides et importantes de débit . Face à ces risques, les réponses à apporter doivent être définies de manière spécifique pour chaque aménagement, car elles dépendent intrinsèquement de sa configuration technique, des débits du cours d’eau, des risques identifiés à l’aval et des consignes d’exploitation approuvées pour l’installation.

Les principes fondamentaux de la gestion en période de crue

La gestion des prises d’eau en période de crue est guidée par plusieurs principes directeurs, visant à assurer la sécurité des personnes et des biens tout en protégeant les infrastructures hydroélectriques.

  • La sécurité prime sur la production : Il s’agit d’un principe fondamental. La conduite de l’ouvrage doit impérativement suivre les consignes d’exploitation et de sécurité qui lui sont propres. Une crue, à elle seule, ne justifie jamais une manœuvre improvisée, car l’ouverture ou la fermeture d’organes peut modifier de manière significative et potentiellement dangereuse les niveaux et débits à l’aval .
  • Surveiller et anticiper : Le gestionnaire de l’aménagement doit assurer une surveillance constante des niveaux et des débits du cours d’eau, suivre les prévisions météorologiques et hydrologiques, ainsi que les alertes disponibles. Il est également tenu de vérifier l’état des organes et de la prise d’eau, et d’appliquer les seuils et procédures prévus dans les documents d’exploitation de l’ouvrage .
  • Limiter les effets des flottants et sédiments : Les équipements tels que les grilles, les dégrilleurs et les dispositifs de dessablage, lorsqu’ils sont présents, jouent un rôle crucial dans la protection des turbines et autres équipements contre les débris et les sédiments. Leur capacité et leurs modalités d’entretien sont spécifiques à chaque installation. Il est important de noter qu’ils contribuent à la protection, mais ne suppriment pas totalement le risque de colmatage en période de crue intense .
  • Gérer les organes de sécurité conformément aux consignes : Les règles techniques applicables aux barrages exigent notamment qu’en cas de crue exceptionnelle, les organes de sécurité restent pleinement disponibles. Les manœuvres effectuées doivent également viser à éviter toute libération incontrôlée et dangereuse de l’eau retenue .
  • Informer et coordonner : La conduite de l’ouvrage doit intégrer les responsabilités du propriétaire ou du concessionnaire et prévoir des échanges réguliers avec les services de l’État, en particulier le service chargé du contrôle de la sécurité des ouvrages hydrauliques (DREAL). Bien que les collectivités compétentes en matière de prévention des inondations (GEMAPI) puissent intervenir pour certains ouvrages, cette compétence ne se substitue en aucun cas à la responsabilité de sécurité qui incombe au gestionnaire du barrage .

Les étapes clés de la gestion d’une crue

La gestion d’une crue est un processus structuré en plusieurs phases, chacune avec des actions spécifiques à mettre en œuvre.

  • Avant la crue (Préparation) : Cette phase est dédiée à l’anticipation. Il s’agit d’identifier les scénarios de crue pertinents pour l’aménagement, de définir les seuils d’alerte, d’organiser les astreintes et les moyens de communication, et de formaliser les consignes de manœuvre. Une vérification de l’état et de la disponibilité des organes concernés, selon les procédures de l’ouvrage, est également essentielle .
  • À l’approche de la crue (Vigilance) : Dès les premiers signes d’une crue imminente, la surveillance doit être renforcée. Il convient d’appliquer les seuils de vigilance ou de mobilisation établis et de contrôler, dans les limites prévues par les consignes, l’état des grilles, les niveaux d’eau et le fonctionnement général de la prise .
  • Pendant l’événement (Action) : Durant la crue, seules les manœuvres prévues dans les consignes doivent être effectuées. Il est crucial de consigner toutes les observations et de signaler sans délai toute anomalie ou situation d’urgence selon l’organisation définie. La sécurité des personnes est primordiale et interdit formellement de s’exposer aux écoulements ou aux ouvrages dangereux .
  • Après la crue (Post-crue) : Une fois l’événement passé, une inspection approfondie de l’ouvrage et de ses équipements est nécessaire. Il faut vérifier leur bon fonctionnement avant la reprise normale de l’exploitation et documenter toutes les anomalies constatées ainsi que les interventions réalisées. Les contrôles requis dépendent du classement et des prescriptions applicables à l’ouvrage .
Ce que ce n’est pas : une solution universelle

Il est crucial de souligner qu’il n’existe pas de seuil de débit, d’ordre de grandeur de crue ou de protocole universel de fermeture ou d’ouverture des organes applicable à toutes les prises d’eau. Ces paramètres sont intrinsèquement liés à chaque aménagement et doivent être recherchés dans les consignes d’exploitation et les documents réglementaires spécifiques à l’installation concernée .

Le cadre réglementaire et les acteurs impliqués

La gestion des ouvrages hydroélectriques, et notamment des prises d’eau, s’inscrit dans un cadre réglementaire précis et implique plusieurs acteurs.

Les barrages et certains ouvrages associés sont régis par le code de l’environnement, notamment les rubriques IOTA 3.2.5.0 et 3.2.6.0, ou, pour les ouvrages concédés de production hydroélectrique, par le code de l’énergie . Le ministère chargé de l’environnement rappelle que la sécurité des barrages relève de la responsabilité directe de leurs propriétaires ou concessionnaires. Le contrôle de l’État est exercé par les services compétents, dont les services de contrôle de la sécurité des ouvrages hydrauliques au sein des Directions Régionales de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (DREAL) .

Deux arrêtés majeurs encadrent ces pratiques :

  • L’arrêté du 6 août 2018 fixe des prescriptions techniques de sécurité pour les barrages de classes A, B et C Légifrance.
  • L’arrêté du 8 août 2022 prévoit, pour les aménagements hydrauliques concernés, des dispositions documentaires et organisationnelles. Celles-ci peuvent préciser les seuils de gestion en période de crue, les états de vigilance et les situations d’urgence Légifrance.

Il est important de souligner que ces textes réglementaires ne fournissent pas une consigne universelle de manœuvre applicable à toutes les prises d’eau. Les prescriptions exactes dépendent du statut, du classement et des documents propres à chaque ouvrage spécifique .

En résumé

La gestion des prises d’eau hydroélectriques face aux crues est une démarche complexe et hautement spécifique à chaque installation. Elle repose sur une préparation rigoureuse, une surveillance constante et l’application stricte de procédures de sécurité, avec la primauté absolue de la sécurité sur la production. Le cadre réglementaire français, notamment via le code de l’environnement et des arrêtés spécifiques, établit les responsabilités des propriétaires et concessionnaires, sous le contrôle des services de l’État.

Sources

hydroelectrique.fr est un média indépendant, non affilié au ministère de la Transition écologique. Les informations publiées ne constituent pas un conseil financier.

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